Cette série d'articles a pour but de présenter des jeux vidéos indépendants très peu connus, enterrés depuis longtemps sous les milliers de sorties de nouveaux titres chaque année, voire complètement oubliés au fin fond des abysses des algorithmes de steam. Je vais présenter dans les prochaines semaines les jeux les plus niches auxquels j'aurai pu jouer, qui ne méritent clairement pas un tel délaissement. Ce n'est pas une chronique où on parlera de The Witness ou encore de Inscryption qui, malgré le fait que ce soit des jeux indépendants excellents auxquels vous devriez absolument jouer, restent connus, au moins de nom, de quelques télécommien.ne.s.
Lire ces articles est une excellente occasion de découvrir des jeux originaux, généralement courts et peu chers, donc idéaux pour un télécommien tracos et fauché qui souhaite se divertir un peu. En tout cas, vous devriez être sur de trouver du nouveau.
Le choix des jeux présentés sera plutôt aléatoire, les principaux critères étant de prendre des jeux obscurs qui m'ont plu (ou au minimum qui m'ont paru intéressants). Attendez vous a retrouver un grand nombre de type de jeux, car j'essaierai d'apporter autant de diversité que possible dans mes choix, même si mon goût prononcé pour les jeux de puzzle se fera inexorablement sentir au bout d'un moment. Attendez vous à un article toutes les deux semaines, voire moins, parce que ça prend un temps fou à écrire, ces conneries.
Le jeu de la semaine sera Primordia (page steam). C'est un point and click sorti en 2012, créé par Wormwood Studios.

Le jeu est globalement un bon vieux point and click à l'ancienne. (Pour celleux qui ne savent pas ce que c'est: c'est un genre de jeux d'aventure où il faut résoudre des énigmes en cliquant sur les différents objets du décor. Dans la plupart des cas vous voyez une image fixe à l'écran et votre protagoniste s'y déplace. C'est un genre très très vieux, qui remonte aussi loin que le jeu vidéo lui-même, et malgré sa grande popularité avant les années 2000, periode pendant laquelle c'était un incontournable des jeux vidéos, il est fortement délaissé depuis une bonne dizaine d'années, au point que ce genre de jeu est devenu très rare de nos jours).
Vous incarnez Horatio, un robot vivant dans un vaisseau abandonné, dans un monde post-apocalyptique dans lequel tous les humains sont morts et seuls les robots continuent d'exister. Un méchant (très méchant) robot vous vole votre seule source d'énergie, vous laissant dans une merde sans nom. Vous êtes alors parti pour une demi-douzaine d'heures de bricolage, d'exploration, et de bidouille à travers le monde de Primordia.
Donc si vous voulez un jeu chill, pas trop long, avec une histoire et des graphismes sympathiques, et que vous n'avez pas peur des images qui font 320 pixels de haut, alors le jeu est pour vous.
J'ai lancé Primordia sans vraiment m'attendre à quelque chose, si ce n'est d'avoir un petit jeu sympa pour le weekend. Je n'avais pas joué à un point and click depuis fort longtemps, et je suis tombé sur un éditeur, Wadjet Eye Games, qui proposait exclusivement de genre de jeux, et ce de 2011 jusqu'à nos jours. Il n'en a pas fallu plus pour éveiller ma curiosité. Parmi tous les jeux, j'ai repéré Primordia, dont l'atmosphère me plaisait et dont les critiques steam vantaient les éloges, et je suis parti quasiment à l'aveugle pour 6h de pointage et de clickage. Et à mon humble avis, le jeu méritait amplement ses 97% d'avis positifs.
Je m'attendais a retrouver dans Primordia les grands classiques des vieux point and click, qu'on retrouve dans à peu près tous les jeux de ce type: - des énigmes trop tordues sur lesquelles on reste bloqué des heures - du "pixel hunting", quand des éléments clés à la progression font 4 pixels de large, planqués tout au fond l'arrière plan - des allers retours entre écrans qui durent des plombes
J'ai été très agréablement surpris de n'être resté bloqué que une seule fois au point d'avoir dû chercher la solutions sur un guide en ligne (ce qui parait terrible dit comme ça, mais qui est dans ce genre de jeux plutôt honorable, étant donné que je ne suis pas la personne la plus persévérante). Cela est dû principalement au système d'indices, que vous obtiendrez en parlant à Crispin, votre compagnon volant. Il était remarquablement bien conçu, et donnait un légère aide bienvenue dans les moments ou j'étais perdu, sans pour autant donner les solutions. A part ça, les énigmes étaient très bien pensées et cohérentes, et les développeurs ont fait un effort pour éviter les défauts classiques des point and clicks. Sauf pour une énigme, qui était terrible, mais un des développeurs a dit lui même qu'elle n'avait aucun sens.
Mais le point qui me pousse le plus a recommander Primordia, c'est les doublages. L'intégralité des dialogues du jeu sont doublés par des acteurs, et c'est assez rare dans les jeux indépendants pour être souligné. Ça donne vraiment quelque chose en plus pour se mettre dans l'histoire, et comme les personnages sont très bien écrits, le jeu réussit vraiment à donner des identités distinctes et intéressantes à tous les robots.
Sur les autres points, le jeu est tout aussi appréciable: la musique et les graphismes sont très sympathiques, et aident grandement à donner une ambiance assez unique au jeu. Même si le jeu n'a pas eu une ambition exceptionnelle en terme de profondeur d'histoire et de contenu, le tout restant assez conventionnel, les développeurs savaient ce qu'il faisaient et proposent une experience de qualité.
La première chose à relever est que le genre du point and click est très très vieux, un des plus vieux genre de jeu. C'est un peu l'évolution directe des jeux basés sur le texte, ceux qui existaient quand la seule chose qu'on pouvait afficher sur un ordinateur était un terminal. C'est un genre qui a commencé avec des classiques horriblement laids comme King's Quest (1984), où on ne pointant et cliquait même pas encore car il fallait taper des commandes avec le clavier. Et c'est aussi un genre qui a connu son âge d'or dans les années 90 avec notamment la série des Monkey Island (1990-2000). Les jeux les plus connus étaient des point and click, et le marché était inondé par ce type de jeux. Puis l'intérêt des gens a évolué vers d'autre styles de jeu, notamment avec l'arrivé des graphismes 3d.
Primordia arrive bien après tout ça, et évidemment les développeurs étaient des grands amateurs de ce genre de jeux. Plus que de juste reprendre les codes du genre, les développeurs avaient dans leurs objectifs de rendre hommage à toute cette histoire. D'ailleurs, cela se voit assez clairement en jeu, déjà ça saute aux yeux parce que l'image ne fait que 320 pixels de haut, et puis aussi dans l'interface du jeu: tout est là pour rappeler le bon vieux temps, avec une interface datée même pour l'époque: entre les énormes boutons en haut de l'écran et le texte explicatif pour dire qu'il faut appuyer sur le bouton gauche de la souris pour interagir, on se croirait dans les années 2000.
En fouillant dans le mode commentaire de développeur (oui, c'est un des rares jeux à avoir ça, et oui je suis un énorme nerd pour écouter ça) on voit clairement que le game designer du jeu parle énormément de l'experience qu'il a eu avec tous les jeux du genre et a construit le gameplay, le fonctionnement et la structure de Primordia autour de ce qui a été fait précédemment. Et il explique aussi comment l'équipe a essayé au mieux de pallier aux défauts qui reviennent souvent dans le genre, à partir de ce qu'ils ont observé dans les point and click classiques. Donc si vous jouez à Primodria, vous avez l'expérience d'un point and click classique des années 1990, mais modernisée et améliorée.
En parlant de l'inspiration des développeurs, un point qui a été relevé par à peu près tout le monde à la sortie de Primordia, c'est sa ressemblance avec Machinarium, un autre point and click avec des robots sorti 3 ans plus tôt, qui était un peu plus connu à l'époque, et que je recommande également. Même si les développeurs ont parlé de l'influence qu'a eu Machinarium sur eux pendant le développement, les jeux restent assez différents dans le type d'énigmes proposées, mais surtout dans leur ton, celui de Machinarium étant beaucoup plus léger, avec des personnages cartoonesques et une absences de dialogues écrits.

Primordia a été développé par Wormwood Studios, un tout petit studio composé de 4 personnes, qui a été créé pour la sortie du jeu. Le jeu avait initialement prévu pour être très court, juste un petit jeu gratuit, puis il a progressivement grandi pour devenir un jeu complet.
Depuis, le studio a fait un autre point and click, Strangeland, et donne encore des signes de vie aujourd'hui. Apparemment, ils sont en train de développer depuis maintenant une dizaine d'années Fallen Gods. Quand à l'éditeur, Wadjet Eye Games, il continue de publier régulièrement des point and click divers et variés, qui ne font que s'empiler sur ma liste de souhaits Steam.